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le
secret de la fleur d'or
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fallait-il placer le secret de la fleur d'or dans la rubrique "alchimie",
"yi king" ou "dharma" ? ce traité apparaît comme une harmonieuse synthèse du taoïsme et du bouddhisme lorsque le buddha dharma fut introduit en chine, à l'époque des seconds han (environ au premier sciècle de notre ère) faute d'une terminologie adéquate, il emprunta celle du taoïsme, ce qui contribua sans doute à sa diffusion. l'école "amidiste" du lotus blanc fondée en 381 serait le fait dd'anciens taoïstes qui n'avaient pas renoncé à leur formation première. de même le ch'an (zen)[*] bien qu'il se réclame du bouddhisme est très imprégné de pensée taoïste. ce traité pourrait aussi bien être rattaché au yi king auquel il emprunte parfois le symbolisme ou bien encore à l'alchimie spirituelle du taoïsme. il ne se présente pas comme l'enseignement systématique d'un maître mais plutôt comme les notes de disciples. c'est sans doute la raison de la présence de commentaires tout au long des chapitres. inconnu en occident jusqu'à la sa traduction en allemand par richard wilhelm "das geheimins der goldenen blüte" - munich 1929-, il a fait l'objet depuis de plusieurs traduction en français. particulièrement "le traité de la fleur d'or et du suprême un" traduit et annoté par pierre grison - editions traditionnelles - paris - 1970 et "le secret de la fleur d'or" suivi du "livre de la conscience et de la vie" présentés par lu tsou - librairie de médicis - paris - 1969. |
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ayant pu comparer ces deux éditions je n'ai guère trouvé de différences notables dans les traductions. si j'ai choisi de présenter la traduction de lu tsou c'est surtout à cause de la présence du "livre de la conscience et de la vie". d'autre part les commentaires et annotations de la traduction de pierre grison m'ont paru plus complets que ceux de lu tsou.
[*]
les textes présentés ici étant antérieurs à l'introduction de la méthode
officielle de translittération du chinois (pinyin)et faisant encore
appel à l'ancien mode de translittération (wade-giles ou efeo) c'est
à ce mode qu'il est fait appel ici. le lecteur désireux de retrouver
la translittération en pinyin pourra se référer à l'un des sites ci-dessous
:
conventions
typographiques
:
afin
de les différentier du texte proprement dit les commentaires ont été
imprimés avec une police et dans un corps différent.. de même les notes
sont dans un corps plus petit que le reste du texte |
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avant-propos du traducteur le travail que je suis heureux d'offrir au public comprend la traduction des deux traités contenus dans un volume publié à pékin en 1920 : d'une part le tai yi kin houa tsoung tchi (le secret de la fleur d'or) et d'autre part le houei ming king (le livre de la conscience et de la vie). le secret de la fleur d'or avait été imprimé pour la première fois au xviiie siècle après avoir fait l'objet d'une longue transmission orale. rien n'interdit de l'accepter tel qu'il se présente, c'est-à-dire comme l'enseignement du grand sage taoïste lu yen ou lu tsou qui vivait au viiie siècle. quant au livre de la conscience et de la vie qui complète sur certains points l'enseignement du premier, il a été composé en 1794 par liou houa yang, moine du couvent de la double fleur de lotus dans la province d'an-houei. l'auteur de la nouvelle édition n'est connu que sous son nom d'initiation : houei tchen tsi (celui qui est devenu conscient de la vérité). l'un et l'autre ouvrages ont trait à la méthode pour faire passer de la dualité à l'unité première et dernière, le tao. la dualité, qui a pour origine et symboles universels les deux principes cosmiques : le yang lumineux et masculin et le yin obscur et féminin, est présente dans nos traités sous deux séries principales de spécifications. la première est le couple nature-vie (sing-ming). le caractère sing est formé de celui du cœur accompagné de celui de la naissance : sing est l'essence originelle de l'homme. ming signifie d'abord un ordre du prince; il figure le destin individuel réalisé dans le cours d'une existence. ces deux principes ont une acception qui dépasse l'individualité limitée. ils ont pour correspondants au niveau de l'homme houen et po, que j'ai rendu par l'âme supérieure et l'âme inférieure. dans le cours de la vie de l'homme ordinaire, que le texte désigne par l'expression « cours direct », l'âme inférieure assujettit l'âme supérieure à sa domination et incline l'être à un mouvement descendant, dirigé vers l'extérieur, dont la forme la plus caractéristique est la procréation d'enfants par l'extériorisation de l'énergie séminale. mais le but de l'homme doit être de parvenir à inverser cette tendance et de déterminer un mouvement «rétrograde », encore appelé révolution de la lumière (intérieure), dont le résultat est la production d'un être invisible, échappant à la caducité, qui est appelé la fleur d'or. la révolution de la lumière s'effectue, comme tout mouvement, suivant les rythmes de la transformation universelle, et les auteurs sont ainsi appelés tout naturellement à mentionner certaines des formes de l'énergie cosmique que sont les huit kouas ou trigrammes dont la combinaison deux par deux donne les soixante-quatre hexagrammes constituant le livre des transformations (yi king) et représentant toutes les situations possibles de l'univers. ces huit trigrammes sont
k'ien
k'ouen
tchen
souen
,
k'an
li
,
ken
touei
figure 1. il paraît indispensable, pour l'intelligence de certains passages, d'indiquer dès à présent que les trigrammes sont conçus comme agissant dans l'univers suivant un ordre de succession dit « ordre du ciel postérieur » ou « intérieur au monde », par opposition à l'ordre du ciel antérieur, qui est celui du monde « archétypique » (fig. 1). l'ordre du ciel postérieur se compose de la série suivante l'activité créatrice de la divinité commence à se manifester au printemps dans le signe tchen, l'éveilleur, pour s'achever dans celui de ken, l'immobilisation, après avoir connu le développement et l'épanouissement et traversé l'épreuve de l'hiver sous le signe de k'an.
liou
tse
houa
.
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liou
houa yang houei ming king
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le
livre de la conscience et de la vie
les
six pÉriodes de la rÉvolution conforme a la loi lesdeux
sentiers de l'energie |
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si tu veux compléter le corps de diamant sans fuite, chauffe avec soin la racine de la conscience et de la vie. illumine le pays bienheureux qui est toujours proche. et caché là, laisses-y habiter ton véritable moi. le secret le plus subtil du tao, ce sont la nature et la vie. pour cultiver et fondre la nature et la vie, il n'est pas de meilleur moyen que de les ramener tous deux à l'unité. les saints de l'antiquité ont figuré leurs pensées concernant l'unification de la nature et de la vie au moyen d'images empruntées au monde extérieur. ils répugnaient à en parler ouvertement sans paraboles. c'est pourquoi le secret de la manière de les cultiver tous deux fut perdu sur terre. ce que je montre par une série d'images n'est pas une divulgation frivole de secrets. Étant donné au contraire que j'ai combiné les indications du long yen king avec des références occasionnelles tirées des autres sutras pour les récapituler dans cette illustration véritable, on peut comprendre que la conscience et la vie ne sont rien d'extérieur à la bulle germinale. si j'ai dessiné cette image (1), c'est pour que les compagnons s'exerçant de même aux travaux célestes de la double culture reconnaissent qu'ainsi la vraie semence mûrit, la cessation des écoulements est réalisée, le chêli (2) est fondu, le grand tao est achevé. mais cette bulle germinale est une cavité invisible, elle n'a ni forme ni image. lorsque le souffle vital se met en mouvement, le germe de cette bulle naît; s'il cesse, il disparaît de nouveau. c'est le lieu qui abrite la vérité, l'autel sur lequel sont produits la conscience et la vie. elle est appelée : château du dragon au fond de la mer, région-frontière des montagnes neigeuses, occident, défilé originel, royaume de la joie suprême, pays sans limites. tous ces noms différents désignent cette bulle germinale. si un mourant ne connaît pas cette bulle germinale, il ne trouvera pas l'unité de la conscience et de la vie au cours de mille naissances et de dix mille cycles cosmiques. ce point germinal est quelque chose de grand. avant que ce corps qui est nôtre naisse de nos parents, au moment de la conception, ce point germinal est d'abord engendré et la nature et la vie y habitent. l'une et l'autre sont mêlées et forment une unité : mêlées inséparablement comme la semence de feu dans la fournaise à raffiner, combinaison d'harmonie originelle et de conformité à la loi divine. c'est pourquoi il est dit « dans l'état antérieur à la manifestation il y a un souffle inépuisable. » il est dit encore : « avant que les parents aient engendré l'enfant, le souffle vital est entier et l'embryon parfait. » mais lorsque le corps se meut et déchire la bulle du fruit, c'est comme si l'on perdait pied sur une haute montagne : l'homme tombe jusqu'à terre en poussant un cri et dès lors la nature et la vie sont séparées. a partir de ce moment la nature ne peut plus voir la vie, ni la vie, la nature. et le destin entame alors son cours; de la jeunesse, il passe à la maturité, de la maturité, à la vieillesse, et de la vieillesse au deuil. c'est pourquoi le youlaï (3) dans sa grande compassion a fait connaître le secret de la production et de la fusion. il enseigne aux hommes comment rentrer dans le sein de leur mère etcréer à nouveau la nature et la vie du moi ; il montre comment l'esprit et la vie (le souffle vital) entrent dans cette bulle germinale, comment ils doivent être combinés en une unité pour achever le vrai fruit, tout comme la semence et l'âme (4) du père et de la mère sont entrées dans cette bulle germinale et se sont unies en un seul pour achever l'embryon. le principe est le même. a l'intérieur de la bulle germinale est le feu du souverain, à l'entrée de la bulle germinale est le feu des ministres, dans le corps tout entier est le feu du peuple. quand le feu du souverain s'extériorise, il est reçu par le feu des ministres. quand le feu des ministres se met en mouvement, le feu du peuple le suit. quand ces trois feux s'extériorisent dans cet ordre successif, un homme naît. mais si les trois feux font retour en arrière dans l'ordre successif inverse, le tao naît. c'est pourquoi tous les sages ont commencé leur travail par la bulle germinale dans laquelle l'écoulement cesse. si l'on ne construit pas ce sentier mais que l'on produise autre chose, cela n'est d'aucun profit. c'est pourquoi toutes les écoles et toutes les sectes qui ne savent pas que le principe directeur de la conscience et de la vie se trouve dans cette bulle germinale et qui, par suite, le cherchent au dehors, ne parviennent à rien malgré tous leurs efforts pour le trouver au-dehors.
(1)
la poésie qui ouvre le traité constitue la légende d'une image représentant
un homme dont la cavité abdominale, ouverte, contient la a bulle
germinale".
(2)
le
corps d'immortalité.
(3)
le bouddha.
(4)la semence correspond au principe masculin et l'âme au principe féminin. |
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conformément à la loi, mais pourtant sans tension, on doit s'illuminer avec zèle. oubliant la forme, regarde vers l'intérieur et viens en aide à la vraie force de l'esprit. dix mois l'embryon demeure sous le feu. après un an les ablutions et les bains deviennent chauds. cette figure se trouve dans l'édition originale du long yen king. mais les moines ignorants qui n'en ont pas reconnu le sens secret et ne savaient rien de l'embryon de tao ont pour cette raison commis la faute de le laisser de côté. c'est seulement grâce aux explications des adeptes que j'ai découvert que le youlaï connaît le travail réel sur l'embryon du tao. cet embryon n'est rien de corporellement visible qui puisse être achevé par d'autres êtres, mais c'est en réalité l'énergie respiratoire spirituelle du moi. il faut d'abord que l'esprit pénètre dans l'énergie respiratoire (âme), puis que l'énergie respiratoire enveloppe l'esprit. quand l'esprit et l'énergie respiratoire sont solidement reliés et que les pensées deviennent paisibles et immobiles, cela est appelé embryon. l'énergie respiratoire doit se cristalliser, c'est seulement alors que l'esprit devient capable d'agir. c'est pourquoi il est dit dans le long yen king « on prendra un soin maternel du réveil et de la réponse ». les deux énergies se nourrissent et se fortifient mutuellement, c'est pourquoi il est dit « il se produit une croissance quotidienne ». quand l'énergie est assez forte et que l'embryon est rond et complet, il sort du sommet de la tête. c'est ce qui est appelé : l'état accompli qui apparaît comme embryon et s'engendre luimême comme fils de bouddha. |
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a l'extérieur du corps il y a un fruit appelé l'image du bouddha. la pensée qui est puissante, l'absence de pensée est bodhi. le lotus aux mille pétales s'ouvre, transformé par l'énergie respiratoire. la cristallisation de l'esprit fait rayonner un éclat aux cent aspects. il est dit dans le long yen chou : « a cette époque, le maître du monde fit briller une centuple lumière précieuse à partir des noeuds de sa chevelure. au milieu de l'éclat luisait le précieux lotus aux mille pétales. et il y avait là un youlaï transformé, assis au milieu de la fleur. du sommet de son crâne sortaient dix rayons de lumière blanche éclatante qui étaient visibles de toutes parts. la foule levait les yeux vers la lumière radieuse et le youlaï proclama : « la divine parole magique est l'apparition de l'esprit lumineux; c'est pourquoi son nom est : fils du bouddha ». si l'on n'accepte pas l'enseignement concernant la conscience et la vie, mais que l'on se contente de répéter dans la solitude de sèches formules de méditation, comment pourrait naître du corps le youlaï qui est assis et rayonne dans ce splendide lotus, et apparaît dans son corps spirituel? beaucoup disent que le corps de lumière est un enseignement mineur; mais comment ce que l'on reçoit du souverain du monde serait-il un enseignement mineur? en dévoilant ces choses, j'ai trahi le secret le plus profond du long yen pour instruire les disciples à venir. celui qui reçoit cette voie s'élève aussitôt jusqu'au secret ténébreux(]) et n'est plus submergé par la poussière de la vie de tous les jours.
(
1)
ce secret ténébreux évoque le ténèbre où, selon denys l'aréopagite,
réside la divinité
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vi
de la rÉtention toute pensée séparée acquiert une figure et devient visible en couleur et en forme. l'énergie spirituelle globale déploie ses traces et se transforme en vide. sortant de l'être et rentrant dans le vide, on accomplit l'admirable tao. toutes les formes séparées apparaissent corporellement, reliées à une source véritable. |
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sans commencement, sans fin, sans passé, sans avenir. un halo de lumière entoure le monde de l'esprit. on s'oublie mutuellement, calme et pur, plein de puissance et vide. l'eau de mer est lisse et reflète la lumière à sa surface. les nuages s'évanouissent dans l'espace azuré. les montagnes brillent claires. la conscience se dissout dans la contemplation. le disque de la lune repose solitaire.
figure
7 : le grand vide |